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1. POUR UN BILAN DU MOUVEMENT ÉCOLOGIQUE

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Couverture Or Vert n° 7 – Juin 1973 – Dessin Richard Campana

Si l’on excepte les innombrables associations de défense de mon pré carré (fleuri) contre mon voisin ou le vilain promoteur qui veut gâcher ma vue imprenable, et les non moins nombreuses associations de défense des gentils zanimos et leur vision idyllique de la faune « sauvage », que reste-t-il du mouvement écologique né dans les années 1970 ?

Des ex-militants atomisés, réfugiés dans les associations humanitaires ou la culture ; d’autres  reconvertis à la famille, au marché et à l’idéologie néo-libérale « qu’on-ne-peut-pas-y-échapper » (…la pensée inique).

Quelques scientifiques découragés prêchant dans le désert.

Un mouvement anti-nucléaire, assoupi durant de nombreuses années qui, sous l’aiguillon de la catastrophe de Fukushima, semble trouver un second souffle (espoir…).

Quelques bobos qui en s’alimentant « sain » (…et cher), alimentent le juteux  « marché » du bio.

Le mot « durable » systématiquement accolé au mot développement…

Quelques ministres – de droite et de gauche – qui font un petit tour (même pas en vélo…) et puis s’en vont…

Quelques indignations – passagères – quand un géant de l’industrie chimique, agro-alimentaire ou pharmaceutique exagère, provoquant quelques centaines ou quelques milliers de morts.

Quelques émissions de TV où la nature et quelques (vrais) problèmes sont mis en scène ; émissions qui font de l’audience, mais, transformées en divertissement, qui n’ont aucun impact sur le réel. À peine troublent-elles un court moment notre conscience d’occidentaux repus…

De plus en plus de parcs et de « réserves » découpant, façon puzzle incomplet, les derniers territoires naturels ; ces « organismes » publics ou associatifs étant gérés (« managés »…) bureaucratiquement sous couvert d’un discours (la com !) « participatif »… Bonjour la technocratie verte !

Ha, oui… j’allais oublier. Il reste les Verts. Le « parti » des Verts, devenu EELV (Europe Écologie Les Verts) et sa stratégie électorale.

Passons rapidement, pour ne pas paraître trop cruel, sur le résultat d’Eva Joly aux élections présidentielles de 2012 (2,31%).  Le « casting » n’était pas bon, mais je me garde de faire porter sur elle la responsabilité de cet échec ; rappelons-nous le score de Dominique Voynet en 2007 (1,57 %) ! Non, il n’y a pas que le choix des candidats qui est à mettre en questions ; l’organisation des Verts, leur absence de ligne idéologique claire et le choix de la stratégie électoraliste, au vu de ses (non) résultats, sont aussi à prendre en considération.

La sensibilisation aux problèmes environnementaux, à leur impact sur notre santé et nos modes de vie représenterait, selon diverses études et l’analyse des résultas d’élections sans enjeux nationaux, entre 10 et 15 % de la population (16,8 % aux Européennes de 2009, 12,18 % aux Régionales de 2010). Pourquoi cela ne se traduit-il pas dans les urnes lors des élections à enjeux nationaux ? Pour mémoire : 3,6 % aux Législatives de 2012 et 3,25 % à celles de 2007, quant aux Présidentielles, nous venons de le voir. Et qu’on ne me dise pas que c’est pas uniquement « la faute au système électoral français » !

D’après moi, une première réponse tient à l’organisation (euphémisme…) chaotique et mouvante (comme les sables…) de ce qui n’est ni un vrai parti, ni un vrai mouvement ; la seconde réponse tient aux jeux des ego et des ambitions personnelles avérées ou masquées. Que ce soit lors de leurs congrès ou de la préparation des diverses élections, simultanément ou alternativement, on a l’impression d’avoir affaire à des gamins dans la cour de récré ou à des vieux briscards de la politique, capables de tous les coups tordus pour arriver à leurs fins (électorales). Merci pour l’image de l’écologie !

Plus fondamental (et inquiétant) est leur absence de ligne politique authentiquement écologique identifiable. Ils tiennent tellement à affirmer des positions sur les questions sociales et économiques pour paraître « comme les autres partis », qu’ils en oublient les problèmes environnementaux et vitaux qui devraient être leur raison d’être (et d’agir). Je sais, pour fréquenter certains d’entre eux, qu’ils y sont sensibles, mais, au plan national, leur voix est inaudible, même dans leurs domaines de prédilection : pollution, nucléaire, urbanisme délirant, surconsommation, etc. On en regretterait presque Borloo…

Pour la stratégie, pas de doute. EELV a choisi la voie électorale : entrer dans le jeu des partis pour peser sur les décisions du (des) pouvoir(s) et avoir une influence pour orienter la société vers des choix plus respectueux de l’environnement et du bien-être des hommes (…et des femmes). C’est du moins ce que l’on aimerait croire… Or, si cette stratégie est légitime, elle n’est défendable qu’à condition qu’elle n’entraîne pas de compromissions trop graves, d’abandons sur les principes, et qu’elle obtienne des résultats (autre qu’électoraux) mesurables. Est-ce le cas aujourd’hui ?

Pour moi, clairement, non. Il y a maintenant plus d’un an que des écologistes sont entrés au gouvernement ; ils ont 16 élus à l’Assemblée nationale et 10 élus au Sénat ; cela fait plusieurs mandatures qu’ils ont des sièges au Parlement européen, dans les Régions, les Conseils généraux et des mairies. Pour quels changements ? Pour quelle influence ? Lequel d’entre vous est capable de me dresser un bilan positif sans rire (ou pleurer) ?

Au plan national, même après Fukushima, ils ne sont pas à même de faire fermer rapidement la plus vieille des centrales nucléaires françaises, Fessenheim, la seule que le gouvernement « de gauche » ait daigné leur abandonner (du moins le croient-ils). Et, que dire de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ? Au plan local, je travaille pour une collectivité territoriale qui a inclus des conseillers municipaux Verts (pâle) depuis deux mandats déjà ; je peux témoigner de leur influence proche du zéro.

Pour avoir de l’influence dans le jeu du pouvoir, il faut avoir du poids. Les alliances électorales ont permis a EELV d’avoir des élus malgré des scores électoraux très faibles. Cette situation les rend dépendants et aptes à avaler toutes les couleuvres. Cela ne va pas s’arranger avec les élections municipales qui approchent. Si l’on ajoute que certains élus verts sont en voie de notabilisation et prêt à participer, à n’importe quel prix, au festin des sinécures que procure notre généreuse République à ses représentants, il est légitime de se reposer la question de la pertinence et de la justesse de la stratégie électoraliste.

Mais, ne rejetons pas toute la faute sur les seuls écolos encartés ; chacun de nous a une part de responsabilité dans l’abandon flasque (souvent inavoué) des principes qui avaient fondé notre engagement pour un monde meilleur, monde dépassant la société des hommes pour l’inclure dans la totalité de la biosphère et, au-delà, de l’univers.

2. S’ABANDONNER OU REBONDIR ?

Depuis de nombreuses années, la pensée du mouvement écologiste vit dans une errance brumeuse, à la recherche d’une cristallisation qui a du mal à précipiter. La nécessité, ressentie par beaucoup d’entre nous, de reconstruire une analyse englobante, une compréhension nouvelle et éclairante de ce monde, au-delà d’un économisme débilitant, est engluée dans des vies quotidiennes rassurantes, du moins pour nous, occidentaux qui bénéficions de conditions de vie encore privilégiées. On sent, on sait, on voit l’accumulation des nuages qui annoncent l’orage, mais on a du mal à se mettre en mouvement. Pourquoi ?

Voilà quelques éléments de diagnostic qui me viennent en vrac, à chacun de faire son tri :

– Perte du sens de l’engagement et érosion de la nouveauté de l’analyse qui, au départ, avait motivé notre entrée en écologie comme on entrait dans les Ordres ou en Révolution.

– Oubli des fondamentaux : lutte contre la dégradation de l’environnement ; détérioration des éco-systèmes ; lutte anti-nucléaire ; promotion de l’agrobiologie ; retour à une insertion-intégration humaine au sein de la « nature » ; lutte contre l’inégalité sociale résultant de la dégradation des conditions de vie… double approche, locale et mondiale des problèmes écologiques (pollutions, réchauffement climatique, exploitation nord-sud…) ; mise en doute radicale du scientisme (dégradation de la science) et des « experts » trop souvent au service des industries et du politique ou plus simplement auto-intoxiqués par leur statut de « sachants »…

– Constatation que la conjonction et le renforcement réciproques de la critique économico-sociale et de la critique écologique n’ont eu lieu qu’à la marge. Le monde politique (…et ses « penseurs ») et le monde économique (…et ses « entrepreneurs ») restent profondément imprégnés par le productivisme, le gigantisme, le consumérisme et une techno-science qu’ils ont asservis à leurs fins.

3. CE QUI A ÉVOLUÉ ET/OU CHANGÉ DEPUIS 40 ANS

Côté écologie

– Il y a bien eu prise de conscience des problèmes écologiques par la société. Mais, cette conscience a été mise entre parenthèse par la « crise » et se heurte à une force d’inertie énorme de l’ensemble du corps social (nous…), ainsi qu’à la résistance farouche (et rusée) du monde économico-industriel. Les solutions nécessaires sont désormais connues mais indéfiniment différées.

– L’émergence timide de structures supranationales et la tenue de conférences internationales sont, hélas, sans résultats probants pour le moment.

– La reconnaissance de la responsabilité humaine dans le réchauffement climatique et ses conséquences sont établies mais, les états, seuls vrais maîtres du jeu, n’ont pas la volonté d’agir et sont incapables de prévenir le phénomène.

– L’exploitation-épuisement des ressources et des énergies fossiles non renouvelables se poursuit allègrement. L’apparition de politiques (très) timide de mise en place d’énergies renouvelables (soleil, eau, vent, géothermie…) a, pour le moment, des effets très limités.

– L’accentuation des pollutions terrestres et marines (l’océan poubelle…) et la déforestation à grande échelle, ainsi que la disparition de nombreuses espèces végétales et animales galopent bon train. Là encore, les (rares) solutions proposées ne sont pas à la mesure de la catastrophe en cours. L’engagement passionné de quelques associations ne peut pas suffire.

Côté international

– Après l’effondrement du communisme, la toute puissance du système capitaliste marchand occidental s’est imposée avec, en son sein, une prééminence dominatrice de sa version ultra-libérale et financière.

– On a assisté à la fin de la bipolarisation Est-Ouest, mais aussi de l’opposition Nord-Sud, avec l’émergence de nouveaux acteurs : Chine, Inde, Brésil, Turquie… Certains pays se développent, mais d’autres s’enfoncent.

– La « guerre » économique s’est intensifiée et généralisée.

– Le modèle consumériste occidental s’est étendu au monde entier. Dans les pays « en voie de développement », il est effectif parmi les classes dirigeantes et agit comme un mirage cruel pour le reste de ces sociétés.

– Les prémices d’une « guerre de civilisation » entre le monde musulman et l’occident se mettent en place. Les fondamentalismes musulmans, chrétiens, juifs, hindous… montent en puissance.

– Internet installe le « village mondial » dans la réalité avec l’instantanéité de l’information… et de la désinformation. Naissance de la guerre numérique.

Côté social

– Accentuation des inégalités dans le monde occidental et creusement abyssal de ces inégalités dans les pays émergents. Effondrement des plus pauvres qui subsistent grâce à une aide alimentaire internationale chichement distribuée.

– La « crise » financière de 2008 n’a fait que renforcer le phénomène. Alors qu’elle a été provoquée par des firmes, une idéologie et des comportements ultra-libéraux, le monde économico-politique impose aux peuples, pour sortir de cette crise, des solutions encore plus ultra-libérales ; avec les résultats que l’on constate…

– Effondrement des comportements de solidarité au profit des comportements individualistes et  égoïstes (tendance lourde des sociétés occidentales depuis un siècle, qui s’étend au reste du monde…).

– Urbanisation accélérée de la planète ; basculement d’un monde à majorité rurale vers un monde à majorité urbaine.

– Omniprésence de la « société du spectacle » ; dans beaucoup de domaines, « l’entertainment » (le divertissement) remplace la culture. Les « artistes » ne sont pas les derniers à souscrire à cette évolution tout en continuant à adopter la posture du contestataire…

– Naissance et développement fulgurant du monde cyber-numérique : conjonction-synergie des ordinateurs personnels, de la téléphonie personnalisée et du réseau internet ; développement de quelques firmes géantes qui accumulent des données sur nos vies ; création de nouvelles formes de relations humaines médiatisées par les réseaux sociaux (Facebook, LinkedIn, Tweeter…).

– Amélioration des niveaux et des conditions de vie, incontestable en Occident et pour certaines catégories sociales dans les pays « émergents » (particulièrement en Asie et en Amérique du Sud).

– Amélioration de la santé et allongement de la durée de vie. Même si les cancers et quelques autres maladies liées à la « civilisation » se développent, c’est encore, indubitablement, la médecine qui gagne. Pour combien de temps encore ?

– Apparition des « biotehnologies » qui changent potentiellement le vivant. À suivre… car, dans le domaine de la procréation, du décodage de notre identité génétique, du remplacement d’organes ou de la longévité, c’est une Condition humaine millénaire qui est en train de muter.

– Diminution du temps passé au travail (positif quand c’est choisi, négatif quand c’est subi) et augmentation du temps « de loisir ».

– « Déglingue » de la vie sociale traditionnelle ; recomposition-complexification des situations sociales, familiales et personnelles. Perte de statut social pour une bonne partie de la population (les « assistés »…).

– Remise en cause régulière de l’état providence. Aux plans nationaux comme aux plans inter-régionaux (Europe, Monde…) ; les « nantis » ne veulent plus payer (partager…) pour les plus « pauvres » .

– L’accélération vertigineuse du temps et le rétrécissement simultané des distances se poursuivent…

Quel est l’état des oppositions ?

Dans le flux tourbillonnant de ces changements, que deviennent les critiques et les oppositions traditionnelles ? Y en a-t-il de nouvelles ? Que constate-t-on ?

Pour moi, en vrac :

– la démonétisation et la dégénérescence des contestations communistes et gauchistes après l’effondrement du modèle communiste soviétique et la conversion du modèle chinois (toujours communiste !) à l’ultra-capitalisme ;

– l’adhésion sans retenue au néo-libéralisme et à l’économisme des socio-démocrates ;

– le lent et long avortement de la « révolution écologique » espérée ; l’inconsistance, voire décomposition avancée du/des « partis » et « mouvements » écologiques ayant choisi le jeu électoral (en France en particulier ; voir plus haut) ;

– l’apparition, puis l’engourdissement du mouvement « altermondialiste » ; la fulgurance, vite retombée, des « indignés » ;

– l’émergence du concept de « développement durable », immédiatement suivi de son inflation et de sa récupération. Un beau concept vidé de son sens ;

– au plan idéologique, la seule émergence nouvelle, c’est le concept de décroissance ; du moins sa formalisation en des livres et des groupes militants actifs, car il était implicite dans la critique du consumérisme et les rêves d’équilibre nature-homme au début du mouvement écolo ;

– l’inflation (obésité, déluge, logorrhée…) de l’information et la simultanéité planétaire des communications, loin de susciter les prises de conscience écologiques, les brouillent et les embrouillent ; le futile et le vital ont la même présence, le même poids ; l’action nécessaire, au lieu d’être favorisée, en est paralysée.

À vous de compléter selon votre expérience ou votre sensibilité…

4. REFONDER UNE ANALYSE CRITIQUE

Tous ces constats ne sont pas réjouissants. Alors, que faire ? Soyons positifs, proposons !

Revenir aux principes fondamentaux de l’écologie politique et les réaffirmer clairement.
– Se rappeler toujours que nous vivons sur une Terre qui est la maison commune de l’humanité, mais aussi de la totalité du monde vivant. Acter (hélas) le fait que l’homme est devenu le grand perturbateur, mais aussi, désormais, le coproducteur de la biosphère et de l’écosystème Terre. Nous sommes donc RESPONSABLES du présent et de l’avenir de la planète.

– Il ne peut y avoir de croissance infinie dans un monde fini. Cette vérité élémentaire de « bon sens » semble totalement étrangère au monde économique et au monde politique qui lui est inféodé ; ils sont obnubilés par la « croissance » (uniquement économique, cela s’entend) au point de ne même pas pouvoir imaginer un autre mode de développement pour l’humanité.

– Le modèle de développement occidental énergivore, gaspilleur et destructeur de biens et d’espaces, ultra-individualiste, n’est ni extrapolable à l’ensemble de la planète, ni souhaitable. Son extension – probable et légitime – à une classe moyenne chinoise et indienne en cours de constitution, générera, ne serait-ce que par effet d’échelle, des tensions sur les marchés des biens, de l’alimentation et des matières premières ; elle provoquera des pollutions et des dérèglements imprévisibles.

– La dégradation de l’environnement, c’est la dégradation, à terme, de nos conditions de vie. Cette « banalité », en apparence admise par tous, est pourtant contredite jour après jour par le système économico-social dans lequel nous vivons.

– La raréfaction et l’épuisement de certaines matières premières et des énergies fossiles, mais surtout la dégradation de ressources naturelles essentielles et vitales (l’eau, l’air, l’espace…), entraîneront nécessairement des conflits, des inégalités régionales et sociales accrues, et des transformations de nos modes de vie.

– Liés à la croissance démographique mondiale, les problèmes de l’alimentation – suffisante et de qualité –, ainsi que de l’accès à l’eau potable pour tous, doivent être à nouveau placés au centre de nos préoccupations. Il faut repenser l’agriculture mondiale (et pas seulement le bio chez nous…), la répartition des ressources en eau et en vivres, l’urbanisation et la répartition des terres arables… Ces questions avaient fait leur réapparition, juste avant 2008, avec les premières émeutes de la faim survenues depuis des décennies dans certains pays du sud ; les instances internationales, ne pouvant gérer plusieurs crises à la fois, se sont concentrées sur la crise structurelle qui touchait leur cœur (la finance) et ont repoussé les problèmes de développement en colmatant hâtivement les brèches (un peu de blé, beaucoup de corruption…). Mais, le feu couve toujours sous la cendre ; l’incendie éclatera tôt ou tard.

– Nous devons repenser la notion d’écosystème en intégrant le fait que l’artificialisation par l’homme d’une bonne partie de la planète est, hélas, irréversible (il faut lutter contre, la limiter, mais en tenir compte). Élaborons un modèle mixte, nature-humanité où chacun des deux termes trouve un nouvel équilibre satisfaisant. Sauf catastrophe absolue – ce qui reste possible –, on ne reviendra plus à l’état de Nature avec un grand N.

– Ni le développement technique, ni le développement économique ne sont une fin en soi. Ils ne doivent être jaugés qu’à l’aune de leur utilité sociale et de leur compatibilité écologique. Autre « évidence », en apparence admise par tous mais contredite dans la réalité par la pratique de tous.

– Il nous faut casser en nous les dictatures mentales du temps immédiat et de l’impératif de nouveauté permanente, que nous avons intériorisés. Il ne s’agit pas seulement de penser et agir à moyen et long terme – ce qui serait déjà une première avancée – ou, de se ménager des « temps de pose », mais bien de retrouver l’élasticité du temps vécu. On n’inversera pas le cours du temps ; cependant on peut en moduler sa respiration. Le rythme haletant et saccadé que nous impose la société actuelle est épuisant et appauvrit notre vie personnelle et sociale. Quant à la course à la nouveauté pour la nouveauté, dans tous les domaines, elle s’épuise d’elle-même et finit en rhétorique creuse, en simulacres de progrès et en avalanche de gadgets inutiles. L’évolution et la mutation – donc l’apparition de nouveauté –, font partie du processus normal de la vie biologique et sociale ; forcer outrancièrement ce processus aboutit à en inverser les effets positifs en effets mortifères ; ce que nous commençons à vivre, aujourd’hui, avec la crise écologique.

© Chabaud : l'ecologiste

Peinture de Louis Chabaud : « L’écologiste ».

Redéfinir de façon claire les valeurs qui nous animent.

Démocratie, liberté individuelle, libertés collectives, échanges, responsabilité individuelle, responsabilité sociale, responsabilité humaine, responsabilité écologique, égalité des chances, égalité (et complémentarité…) homme-femme, respect des groupes sociaux et des croyances, respect du vivant, respect de la nature, partage social, partage équitable des ressources, propriété collective et inaliénable des biens vitaux (eau, air, semences, certaines zones géographiques essentielles à l’humanité…), nous devons réinterroger sans tabou ces idées et les valeurs qui les fondent. Toutes ces valeurs peuvent et doivent être repensées. Ensuite, nous pourrons, soit les réaffirmer, soit les revitaliser, soit, pour certaines, pourquoi pas, les abandonner au profit de valeurs nouvelles à inventer.

Élaborer une nouvelle grille de compréhension de la société et du monde.

C’est très bien de proclamer que le monde a changé et que les anciens schémas sont périmés ;  encore faut-il en proposer de nouveaux ou être capable de réinterpréter, remodeler, adapter ceux qui pourraient s’avérer toujours pertinents. Toutes les pistes s’ouvrent devant nous ; en voici quelques-unes à explorer.

– Croiser l’analyse socio-économique (pléthorique chez nos intellectuels !) avec l’analyse écologique (faiblarde, même chez les dits « écolos »). Elles ne sont pas toujours antinomiques et doivent s’inter-féconder.

– Ne pas négliger, dans notre approche, les rapports de pouvoir et de domination, toujours opérants et bien réels. La « lutte des classes », même si elle n’est plus LE principe explicatif absolu, et si les « classes » ont changé de contenu, n’a pas complètement disparu ; l’impérialisme des états puissants est moins arrogant mais toujours présent ; les religions tentent de resserrer leur emprise sur l’esprit et la vie des individus ; les rapports hommes-femmes sont encore loin d’atteindre à une idyllique égalité… Nous devons essayer d’intégrer tout cela dans un niveau supérieur d’analyse et de compréhension qui reste ouvert à la critique pour éviter le piège de l’enfermement idéologique.

– Explorer les notions de seuils : ce qui peut être bon à une certaine dose ou à un certain niveau devient nuisible, voire nocif, au-delà d’un certain seuil ; cela aussi bien dans la nature qu’au plan social. En deçà d’un certain seuil, un système naturel a les capacités de s’auto-réparer ou de se régénérer, au-delà, il entre en dégénérescence et va vers la mort ou une transformation radicale. Ne peut-on pas appliquer aussi cette analyse aux corps sociaux ?

– Développer les notions de niveaux : niveaux d’analyse, niveaux de compréhension, niveaux de compétence, niveaux d’action. Ce qui est opérant à un niveau peut se révéler inopérant à un autre niveau, tout en étant « vrai » chacun à son échelle. Des mondes et des modes d’être en apparence contradictoires peuvent cohabiter, voire coopérer. La physique nous en offre une illustration aux extrêmes : les lois qui régissent l’univers dans lequel nous nous mouvons ne s’appliquent plus au niveau infra atomique ; quant au niveau cosmique – l’au-delà de l’univers ou l’avant « big-bang » – nos « savants » sont en pleine confusion.

– Redéfinir, des domaines (cercles) d’autonomie, de compétence et d’action à différentes échelles, à divers niveaux sociaux (individus, famille, village, région, nation, mais aussi associations par affinités ou intérêts partagés, cultures, croyances, religions…) ; ces domaines s’emboîtant et/ou s’organisant en réseaux à la fois autonomes et complémentaires, indépendants mais solidaires ; bref, refaire société en accordant à chacun – et à chaque groupe – un ou des territoire(s) jouissant d’une autonomie certaine, dans le(s)quel(s) le niveau « supérieur » ou le territoire connexe n’a pas à venir fourrer  son nez. Pour être caricatural, mais clair, l’Europe n’a pas à m’imposer la façon dont je fais mes fromages de chèvres mais l’Europe peut être la bonne échelle pour traiter certains problèmes environnementaux. Cela sous-entend une réhabilitation de la notion de frontière au-delà de sa simple application géographique.

Cette notion de cercles (et ses multiples appartenances) me semble une des conditions pour l’application réelle d’une « démocratie participative ». Délimiter un (des) groupe(s) social (sociaux) où ma voix compte et où mon rôle et mon statut personnel sont reconnus. Aux plans  d’organisation supérieurs (région, état, réseau, Europe, monde…), cela nous amène aussi à repenser le principe de représentation, de délégation de pouvoir, de députation.

– Le concept d’homéostasie sociale (une sorte de système d’équilibre dynamique rotatif), pourrait peut-être s’opposer au délire de la croissance infinie… L’homéostasie est la capacité d’un système à maintenir les conditions qui assurent son fonctionnement et sa survie. Le corps humain en est l’exemple le plus accompli. La biosphère en est (était ?) un autre exemple plus complexe.  Cela nous amènerait à concevoir une (des) société(s), une économie-monde et une écologie-monde, fondées sur des principes d’équilibre, de recyclage permanent, de régénérescence cyclique… Vaste et utopique programme !

– Réaffirmer qu’en démocratie nous sommes tous des experts, ou… accorder à certains une expertise (donc un pouvoir) en fonction de leurs niveaux de compétence ; à condition que ce soit dans un secteur bien délimité, et qu’ils soient soumis à un contrôle par le groupe (contre-pouvoir).

– Se méfier de « l’hypercomplexité » paralysante, du « tout est dans tout » et du relativisme culturel absolu. La pensée complexe chère à Edgar Morin est sans doute juste, mais elle paralyse l’action. Le relativisme culturel nous entraîne à accepter des pratiques inégalitaires, voire barbares (l’excision des fillettes ou, pourquoi pas, l’esclavage ; après tout, c’est un fait « culturel » dans certaines sociétés…).

– Penser en termes de mobilité et de flux, autant que de staticité, de racines, d’appartenance ; le flux n’est pas obligatoirement linéaire ou orienté, il peut être rotatif, alternatif, spiralé…

– Dans la société atomisée et ultra-médiatisée qui est la nôtre, repenser la place de l’individu au sein du (des) groupe(s) auquel il appartient (réellement et virtuellement…), donc son statut personnel qui fonde en partie sa personnalité et son être au monde.

– La critique écologique a souvent pêché par catastrophisme et/ou en proposant quelquefois des voies ascétiques ; s’ouvrir à la joie du monde et à l’échange entre les êtres ne peut que nous régénérer individuellement et servir de ferment pour les combats collectifs à venir.

5. PROPOSER

– Il est souhaitable, indispensable, incontournable, d’exiger la sanctuarisation de certains domaines de connaissance, tels le génome humain (et animal) et les semences agricoles, pour empêcher leur appropriation par des intérêts privés. Il faut se dresser contre l’accaparement par certains hommes, certains groupes, certains pays, de richesses naturelles qui appartiennent à l’humanité toute entière. Pourquoi ne pas proposer une « Déclaration universelle des droits de l’humanité »,  qui irait en ce sens ?

– Après la déliquescence des grands modèles du passé, nationalisme, socialisme, communisme, et pour les derniers, non formulés mais agissants, consumérisme et ultralibéralisme, il n’est plus de mise de proposer des modèles globaux de société. Cela induit un pragmatisme individualiste jouisseur qui stérilise toute pensée projective sans apporter le bonheur, comme le montrent le pessimisme ambiant et les dérèglements sociaux (violences multiples…). Cela favorise également le retour virulent des vieilles religions. Les mouvements contestataires, tels les altermondialistes, les indignés, les néo-tiersmondistes Sud Américains ou les révoltés Arabes, pris dans ce piège, émettent bien quelques propositions, mais ils ont du mal à proposer un (des) nouveau(x) projet(s) de société(s) que ce soit aux niveaux interindividuel, microsocial ou aux plans régionaux, nationaux, inter-régionaux, international… Pourtant, nous ressentons fortement le besoin de tels modèles pour comprendre le monde, savoir vers quoi nous allons, et pour affronter les problèmes socio-économiques actuels et les dérèglements écologiques qui fermentent en attendant d’exploser dans un futur proche ou plus lointain. N’est-il pas temps pour le mouvement écologique de (re)proposer son modèle ? Les outils conceptuels existent depuis les années 70 et la pression socio-écologique monte. Qui osera ?

6. AGIR

– Les nouvelles expériences sociales sont nombreuses (modes de vie, luttes, économie parallèle, pratiques culturelles, recherches spirituelles…), mais éparpillées, disséminées sur la planète ou au sein de microgroupes. Nous prenons connaissance de certaines à l’occasion d’une lutte, au hasard d’une rencontre personnelle, dans le fouillis des médias, sur le net, ou lors des Forums sociaux. Pour le moment, elles ne semblent pas converger. La refondation d’un mouvement écologique proposant une vision cohérente du monde, une analyse critique claire, des perspectives d’avenir et d’action, pourrait accueillir et fédérer ces expériences.

Manifs, pétitions, actions médiatiques ciblées, actions culturelles engagées, entrisme dans les associations ou dans les institutions, on peut dire que certains d’entre nous ont (presque) tout essayé, hors la tentation de la lutte armée, contraire à nos valeurs. Cela a-t-il fait bouger la société ? Un peu, sans doute, mais si peu. On arrive à sensibiliser sur les problèmes, mais pas à changer les comportements. Doit-on se décourager ? Pour ma part, je pense que non ; il faut continuer ces combats en fonction des forces et/ou des engagements de chacun. Tout cela reste bien conventionnel et, j’avoue que je reste sec pour trouver de nouvelles formes d’actions ; si vous avez des idées…

Internet et la téléphonie mobile offrent de nouvelles opportunités d’information et d’action, comme le montrent les « révolutions » arabes (dont il y aurait beaucoup à dire, en positif et en négatif…), mais aussi la contestation chinoise, elle, passée sous silence (notre modèle consumériste a tellement besoin de la Chine !). On pourrait aussi imaginer le piratage informatique de grands pollueurs, par exemple… Moi, je n’en ai pas les compétences, mais vous ?

Le « agir local, penser global », né des mouvements écolos et de la « nouvelle gauche » des années 70 (rappelons-nous le) a été tellement galvaudé et récupéré qu’on n’ose plus formuler cette proposition qui pourtant reste valide. On peut toujours, dans nos sociétés occidentales, se créer un cocon où, moyennant certains accommodements, vivre plus ou moins en accord avec nos idées ; mais, peut-on s’abstraire durablement de ce monde ? Tôt ou tard, nous (ou nos enfants) seront rattrapés par les problèmes écologiques. L’engagement n’est pas qu’une option, il reste une nécessité.

Nous devons donc continuer ou reprendre (je parle pour moi…) nos participations aux actions de terrain, même de court terme, qui s’offrent à nous ; actions contre (manifs anti-nucléaire, anti-gaz de schiste, contre un pollueur ou un équipement dangereux…) ; et actions pour (pour les transports collectifs, la démocratie participative, les économies d’énergie, des bâtiments à énergie positive, la transparence des institutions… ). Chaque fois que l’on peut agir pour  contrer un projet dangereux ou améliorer une situation que l’on juge malsaine, je pense qu’il faut le faire.

Soyons cohérents dans nos modes de vie personnels. Même si nous sommes conscients que cela ne suffira pas, nous devons tendre vers une nouvelle frugalité, réparer et recycler les objets, consommer local et saisonnier, etc. Je ne vous refais pas la liste, que vous connaissez déjà, des actions souhaitables pour briser le cercle vicieux (mais jouissif) de la surconsommation, cela dans l’intérêt de notre bien-être personnel autant que dans celui de la planète.

Sans jeter l’anathème sur les nouvelles technologies et les nouvelles pratiques sociales qui y sont liées, ne nous laissons pas piéger par elles. Ce ne sont que des moyens, de plus, pour communiquer qui ne peuvent pas se substituer aux relations inter-personnelles, au contact, à la rencontre ; c’est la communication, d’homme à homme (…de femme à homme) qui doit rester première. Retrouvons le goût et l’envie du collectif, dans l’échange, dans le partage, dans la fête et dans la lutte.

Malheureusement, aujourd’hui, il est extrêmement difficile d’échapper à la surveillance numérique généralisée ; espionnage par les états « pour notre sécurité », et intrusion (consentie) dans nos vies par les géants multinationaux de l’informatique qui modélisent nos désirs et nos comportements pour nous réduire (avec notre consentement béat !) à l’état de consommateur et/ou de marchandise. Comment lutter contre ces pieuvres aux milles tentacules virtuels, mais ô combien réels dans leurs effets ? On peut se faire ermite, mais encore faut-il en avoir le tempérament, et je ne suis même pas sûr qu’ils ne viendraient pas nous chercher dans le plus aride des déserts. Alors, la seule voie qui m’apparaît possible est de pousser leur logique jusqu’au délire : les pilonner, les abreuver, les noyer d’informations ; informations parsemées d’erreurs volontaires, de propositions absurdes et d’injonctions contradictoires (les systèmes logiques n’aiment pas ça !). Leurs méga-machines pourront sans doute absorber tout cela, mais il faut faire en sorte que les (quelques) hommes qui sont derrière ces machines aient beaucoup de mal à traiter et exploiter ces myriades de données.

Au plan économique, réclamons la relocalisation des activités, l’échange-partage des ressources et du travail, ainsi que des connaissances, des savoir-faire et des expériences. Revendiquons la miniaturisation contre le gigantisme, la déconcentration et la décentralisation contre les monopoles (d’état ou privés) et le centralisme. Par exemple, s’il y a une rivière derrière chez moi, je dois avoir le droit de produire ma propre électricité avec une micro centrale ; je le dis à nouveau et je me répète, mais l’interdiction pour un paysan de produire ses propres semences est un scandale universel inacceptable.

L’engagement dans un parti – Europe Écologie Les Verts, en l’occurrence –, malgré ce que j’en ai dit plus haut, n’est pas à proscrire absolument ; à condition que les Verts se reprennent, retrouvent leurs racines écologiques, se revitalisent et deviennent combatifs. Je pense même que c’est pour eux la seule voie possible pour exister réellement dans le paysage politique français et européen.

CONCLUSION  : LE CHANTIER RESTE OUVERT…

Je pensais naïvement, dans les années 70, que la « Révolution écologique », avec ses côtés pacifistes et non-violents, les expériences de vies nouvelles et de liberté qu’elle charriait, les combats anti-nucléaire, anti-militariste, pour l’agriculture biologique, pour sauvegarder les espaces naturels menacés, pour un partage équitable des ressources du monde et des richesses produites, pour la liberté des femmes, pour un régionalisme porteur d’identité… toutes ces luttes qui forgeaient notre conscience, seraient le cadre d’une vie nouvelle, plus juste, plus équilibrée entre les hommes, entre les femmes et les hommes, entre les sociétés et les cultures et entre les hommes et une nature respectée. Je croyais, je croyais… Hélas, tout reste à faire !

Toutes ces expériences et ces pratiques, que j’ai égrené dans ces pages, existent ; peu sont reliées entre-elles ; on assiste même à un repli « tribal », en retrait par rapport à ce qui se vivait dans les années 70… Les recenser ne suffit plus, l’émiettement ne mène à rien et le modèle d’une avant-garde censée éclairer la marche de l’humanité est obsolète car porteur de trop de crimes. Je reviens à ma marotte : il faut fédérer et pour fédérer il faut un modèle, un cadre fédérateur. Forger ce modèle est une tâche indispensable et difficile car il faudra quelquefois être tranchant (donc injuste) pour ne pas s’enliser dans le marais de la complexité. Cette tâche devra s’accomplir dans la confrontation des idées ET du terrain (expériences de vie, luttes…) ; j’y apporte (péniblement) quelques pierres, en l’attente des architectes et des maçons… et de votre contribution.

Téléchargez l’article complet (partie 1 + partie 2)

 

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2 réflexions sur “Écologie : droit d’inventaire et devoir d’invention

  1. Que dire après un si brillant état des lieux ? Que dire et surtout que faire ?
    Chaque tentative individuelle de résistance est perçue par la majorité des « gens » comme de l’insoumission, voire de l’incivisme car déranger des cervelles ramollies( même pour ceux qui se croient informés, cultivés) par cette sur-information généralement de bas niveau ne peut que paraître suspecte.

    Cela ne m’empêche pas de résister….pour quel résultat ? Nous sommes si peu, si peu à crier notre dégoût de ce monde égout qui va nous engloutir.

    Ne pas baisser les bras…..ne pas fermer les yeux quand tout le monde ne demande qu’à être aveuglé ,crier son indignation, sa peur devant ce monde monstrueux qui ne fait que croître en horreur.

    Dans ton analyse tu as oublié une chose importante , la lâcheté croissante des composantes sociales et individuelles.

    Sans cette lâcheté cette évolution monstrueuse n’aurait pu se faire.
    Sans cette lâcheté il y aurait peut-être un infime espoir d’ amélioration.

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