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Il n’y aura pas de candidat écologiste à l’élection présidentielle de 2017 en France. Là n’est pas le naufrage, mais la conséquence du naufrage. Cela fait déjà plusieurs années que les « Verts » français (ce n’est pas le cas partout ailleurs…) cabotent et cahotent d’écueils en récifs électoraux et s’égarent entre les marécages et les sables mouvants de la politique politicienne où ils ont fini par s’enliser. Indigence idéologique ou stratégique ? Gué-guerre des égos et course aux prébendes de la République ? Vont-ils disparaître totalement ou y aura-t-il quelques survivants ? Peu importe. Le problème, c’est qu’ils entraînent avec eux dans le discrédit tout un courant de pensée que, pour ma part, je trouve absolument indispensable pour affronter les problèmes environnementaux et sociétaux du présent et surtout de l’avenir.

Et pourtant… et pourtant, la conscience écologiste, dont la naissance a été difficile et la croissance lente, est sortie de la marginalité et a gagné une part croissante de l’opinion publique et de nombreux secteurs d’activité. La sensibilité aux problèmes environnementaux et à la problématique d’un développement viable et « durable » imprègne désormais une part non négligeable de la conscience collective dans nos sociétés occidentales. Elle inspire aussi pas mal de discours de nos « élites » d’abord scientifiques, puis politiques, médiatiques, culturelles et… même de quelques économistes ! Hormis les scientifiques, malheureusement, dans ces catégories là, ces discours restent pour l’essentiel au stade de discours et de vœux pieux. Fort heureusement la prise de conscience des enjeux écologiques se diffuse lentement mais sûrement « à la base », dans la « société civile », dans de nombreuses « catégories sociales », du paysan au « bobo », avec quelque retard toutefois chez les ouvriers et les « classes moyennes » obnubilées par leur « pouvoir d’achat » et la peur du « déclassement ».

Un candidat écologiste c’est (c’était…) une tribune pour exposer nos analyses sur l’état du monde, de la nature et de nos sociétés ; proposer des idées et des voies nouvelles de développement social et économique, local, régional et planétaire, mais aussi d’épanouissement personnel dans un esprit de justice, d’équité et de partage. C’était aussi une occasion de se compter et d’estimer (…de peser) l’état d’avancement de cette conscience dans la société.

En 1974, René Dumont, un agronome, un verre d’eau à la main, faisait entrer avec originalité les problèmes écologiques (environnement et développement) dans le jeu électoral. Malgré son faible score (1,32 %), cet événement marque l’avènement de l’écologie politique en France.

Le maximum lors d’une élection présidentielle a été atteint en 2002 par Noël Mamère qui a fait 5,25 % . A cela on peut joindre les 1,88 % de Corine Lepage, autre candidate se présentant aussi sous les couleurs de l’écologie. Ce qui portait, cette année là, le score écologiste à 7,13 % des suffrages exprimés.

Sur fond de flottement idéologique et de querelles de personnes, les consultations présidentielles suivantes furent catastrophiques : 1,57 % en 2007 pour Dominique Voynet et 2,31 % en 2012 pour Eva Joly. Pourtant, en 2009, lors des élections européennes, c’est 16,28 % des électeurs qui s’étaient retrouvés sous la bannière d’Europe-Écologie. Force est de constater que c’est l’unique fois où (presque) toutes les sensibilités et tous les partis et mouvements se réclamant de l’écologie s’étaient rassemblés : de Nicolas Hulot à José Bové en passant par Cécile Duflot, Eva Joly, Yves Jadot, Daniel Cohn-Bendit… Cette élection, comme d’autres, montre que le capital de sympathie des idées écologiques est bien supérieur à son poids électoral d’aujourd’hui, mais qu’il n’y a pas (…plus) de mouvement ou de personnalité pour fédérer toutes ces énergies désormais orphelines.

Comment ont-ils fait – avons-nous fait – pour désintégrer l’écologie ? Pour nous, « écolos » de la première heure, ce n’était pas une nouvelle idéologie politique, mais une nouvelle façon de comprendre le monde ; une nouvelle manière de vivre et de se comporter dans une société réintégrée au sein de la biosphère ; de nouveaux rapports entre les hommes (…et entre les hommes et les femmes), la société, la culture, la nature… La traduction de cet engagement dans l’action sociale, c’est-à-dire la politique au sens global, sociétal, civique, se comprend et s’imposait ; d’où la création de « mouvements » écologistes. D’abord des associations puis des groupuscules, puis un (des) parti(s). Ne pas se contenter de vivre en dehors, mais vouloir peser à l’intérieur du système social pour le transformer au bénéfice de tous se comprenait et était légitime. Alors, comment ? à quel moment ? où ? avons nous failli…

La réalité pressante des problèmes environnementaux, qu’ils soient au niveau global (réchauffement climatique, épuisement en cours des ressources, aggravation des pollutions, etc.) ou au niveau individuel (effets sur la santé de chacun…), plus que l’intelligence ou la raison, pousse tous les partis à reprendre des fragments de discours écologiques, mais aucun n’en a compris véritablement l’urgence et la profondeur et aucun ne veut – ou ne peut – en tirer les conséquences qui en découlent. À savoir, un changement de modèle de développement sociétal et économique et une adaptation/transformation de nos modes de vie.

Certains proposent des mesurettes-gadgets, quelques-uns (plus rares…) de vraies mesures correctives, mais aucun ne remet fondamentalement en question le modèle occidental de société de consommation-consumation qui est le nôtre aujourd’hui et dont rêve le reste de la planète. Ni le « verdissement » opportun de certains programmes pré-électoraux, ni le charabia « anti-système » des principaux candidats à cette élection ne doivent faire illusion. C’est bien le même modèle libéral-social, capitaliste fortement financiarisé, productiviste et gaspilleur de ressources, de biens, d’énergie et d’hommes sacrifiés (chômage et mise à l’écart d’une part croissante de la population) qu’ils cherchent à prolonger ; certains mettant le curseur plus à droite, d’autres plus à gauche, d’autres encore se disant « ailleurs »…

La formulation d’un projet de société (local, régional et mondial…) éco-compatible avec l’anthroposphère (la société artificialisée que nous avons créé…), la biosphère (l’ensemble du monde vivant… que nous sommes en train de détruire) et les valeurs (humanistes et démocratiques) qui nous animent, reste plus que jamais nécessaire. Personnellement, je ne me retrouve pas dans les partis politiques qui ont récupéré, sincèrement ou par opportunité, une partie du discours écologique. Quant aux Verts (ou assimilés) qui auraient dû en être porteurs, ils ont fini par le perdre… et se perdre. Manifestement et malheureusement, ils semblent incapables de se réformer.

Il faut donc espérer une refondation, ou plutôt une Renaissance, de l’écologie politique, en parallèle et surtout en symbiose avec les mouvements et les groupes, de moins en moins marginaux et désormais nombreux et divers, qui font vivre l’écologie au quotidien : associations, agriculture paysanne, énergies renouvelables, etc., mais je pense aussi à des secteurs plus intégrés, comme l’architecture et l’urbanisme par exemple, qui se préoccupent désormais de bâtiments à énergie positive, d’éco-quartiers et de matériaux éco-compatibles.

Je dois reconnaître que ma génération (…les post-soixante huitards) a réussi à poser le problème «écologique » mais a lamentablement échoué à proposer une voie nouvelle et à trouver et mettre en œuvre des solutions à l’échelle de la société et du monde. Les partis « verts » ayant abâtardi leurs analyses et abandonné tout combat pour suivre des politiques de compromission politicienne n’ont pas mieux réussi. Il est temps qu’une nouvelle génération se lève. À elle de trouver sa voie et ses voix.

Serge Panarotto

À lire en complément : Écologie, droit d’inventaire et devoir d’invention. Un article écrit il y a déjà quelques années qui mériterait quelques retouches mais qui, pour l’essentiel, reste valable.

 

Texte de  Nelly reçu en réaction à cet article :

Oui , c’est un triste mais très réaliste constat que tu fais là. Une désillusion de plus dans ce monde où l’humain est conduit à mettre en valeur ses plus bas instincts, profit , pillage, indifférence, nuisances envers son prochain et son environnement. Ce, dans toutes les couches sociales. Si il y a une conscience du « bio » cela s’arrête à la multiplication des magasins portant avec raison où abusivement cette appellation, c’est à dire à la récupération par le marché de l’agro-alimentaire de cette nouvelle manne qui leur tombe du ciel. Sans remise en question de la surconsommation et des différences sociales à nouveau mises en avant par le coût élevé des produits mis sur le marché… ni la garantie que les méthodes de cultures sont faites vraiment dans le respect des sols, du respect de la biodiversité et du petit éleveur qui a vraiment conscience que notre monde se meurt.

Il n’y a pas de candidats écologistes dans la campagne électorale, cela n’a rien de surprenant tant l’évolution du monde politique est effrayante.

Les valeurs qui sont en vogue sont le VOL avec son impunité, les mensonges et le profit sans masque, le besoin effréné de pouvoir.

Qui aujourd’hui se pose la question de nos responsabilités dans la mort de milliers de personnes de part le monde ??? Nous vendons les armes et les avions pour tuer des hommes là-bas au loin sans penser que ces bombes que nous avons fabriquées dans nos usines détruisent tout et nous reviennent de toute façon sur la tête d’une manière ou d’une autre. Mais il faut préserver les profits de l’armement de guerre au détriment de l’humain et de l’environnement !!!!

Lequel de ces hommes politiques qui se présente dans les grands partis n’a pas été impliqué dans des « affaires » sales avec des trafiquants d’armes, des semeurs de mort ???

Aucun !

Nous sommes aujourd’hui à la veille d’un troisième conflit mondial qui sera sans doute nucléaire, alors toutes nos inquiétudes sur l’environnement seront vaines car ceux qui ne mourront pas de suite mourront par la destruction des ressources naturelles empoisonnées.

Tout au long de ma vie j’ai cru en la perfectibilité de l’homme, j’ai étudié de nombreuses cultures et aucunes n’a atteint la capacité de destruction que celle du monde actuel. Aujourd’hui je dis, non l’homme n’est pas perfectible !!! L’homme est au plus haut de sa capacité de nuisance avec les moyens technologiques actuels.

Ce débat aussi est absent du discours électoral car il n’entre pas dans les conceps admis aujourd’hui l’hypocrisie, le magouillage, un sur-moi archi dévelloppé y compris dans toutes les strates sociales. Alors comment espérer avoir un classe politique « Propre » et consciente s’ils savent que de toute façon leurs malversations passeront car la société est devenue aveugle, que la notion d’honnêteté s’est diluée , qu’elle ne se mobilise que pour préserver ses petits privilèges, qu’elle est corrompue aussi et que les gens qui pensent comme nous sont de toute façon des fins de races, des ovnis qui n’ont plus leur place dans ce monde.

Les écologistes ne sont pas présent aux élections car ils se sont vendus il y a bien longtemps pour un portefeuille, une place de député, de sénateur. Sans doute car ce n’était que des politiques déguisés en écologistes et surtout que la préservation de ce monde si beau, si plein de différentes formes de vie est le cadet des soucis de nos élites.

Requiem pour une planète.

Nelly

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Une réflexion sur “Écologie politique : le naufrage.

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